L’Unesco officialise l’expertise des guérisseurs kallawayas de Bolivie

16 décembre 2015Patrimoine

La reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle bolivienne offre une alternative complémentaire à la médecine occidentale.

La médecine traditionnelle bolivienneLa reconnaissance officielle de la médecine traditionnelle bolivienne s’inscrit dans la recherche d’alternative complémentaire à une médecine occidentale chère et parfois absente.
Un kallawaya hérite d’un corpus oral en naissant dans une lignée de personnes qui pratiquent la médecine traditionnelle. Ce qu’il sait ne se trouve dans aucun livre, et ne s’étudie pas à l’école. La principale activité des kallawayas consiste dans la pratique d’une médecine ancestrale, composée de rites et cérémonies basées sur la cosmovision andine.

Fin novembre 2015, l’Unesco a organisé une rencontre de 30 jeunes kallawayas, l’occasion pour eux d’échanger leurs connaissances ancestrales. Leur fonction quasi sacrée est réservée aux hommes qui se transmettent de génération en génération les prières et rituels auxquels participent parfois des musiciens traditionnels. Les femmes se chargent de tisser les étoffes sacrées, ainsi que d’accompagner les soins des accouchements. La reconnaissance formelle de la jeune génération témoigne d’une acceptation nouvelle des médecines alternatives de la part des instances gouvernementales et internationales.

L’Unesco a inscrit la culture kallawaya au patrimoine oral intangible de l’humanité en 2008, après l’avoir proclamée en 2003. Cela permet de mettre en place des actions de protection, promotion, transmission, valorisation et revitalisation du patrimoine traditionnel, à une époque où il est fragilisé par l’exode rural. A l’origine, les kallawayas appartiennent une communauté de la région montagneuse de Bautista Saavedra située au nord de La Paz. Leurs pratiques ont évolué avec le syncrétisme entre la culture andine précolombienne et le catholicisme imposé par les premiers colons espagnols. Les médecins kallawayas de La Paz témoignent de la situation multiculturelle de la capitale bolivienne où se côtoient la médecine occidentale et les thérapies traditionnelles d’autres communautés; de culture andine comme les Aymaras et les Quechuas ou d’autres régions comme les tribus amazoniennes et les Guaranis.

La Bolivie a officiellement reconnu la médecine indigène début juillet 2013. Il est temps d’appuyer la préservation de ce formidable savoir millénaire menacé par l’acculturation des populations rurales boliviennes, mais aussi par le manque de protection juridique qui les laisse à la merci des manipulations des grands laboratoires pharmaceutiques. On évalue la pharmacopée kallawaya à 980 espèces végétales, que le guérisseur apprend à reconnaître lors de ses consultations itinérantes auprès des communautés isolées dans la forêt tropicale. Il combine les principes actifs extraits des plantes avec les vertus des minéraux et de certains animaux. Il se connecte aussi avec des éléments comme l’air et l’eau, et invoque des puissances qui le dépassent, en provoquant des émotions fortes chez le patient et en priant. En avril 2014, le premier centre officiel de médecine traditionnelle de Bolivie a ouvert à La Paz. Des amautas (chamans) ont fait une offrande à la Pachamama et apporté des pierres d’un apacheta (site cérémonial millénaire) pour bénir la fondation de cette Casa de Curación, dite Qullañ Uta en Aymara.