Les portraits du carnaval d’Oruro

Les visages et les expressions uniques du carnaval d’Oruro transmettent la vie et la culture des Boliviens.

Nous vous proposons une sélection de photos des plus beaux portraits rencontrés au carnaval d’Oruro. Ces quatre jours de fête vous émerveilleront, avec leurs couleurs vives et leurs danseurs extraordinaires ! Cet événement rassemble chaque année plus de 300 000 personnes venues de tous les départements du pays, en particulier de l’Altiplano et du reste des Andes. Vous apprécierez l’authenticité des costumes, la diversité culturelle et l’expressivité des visages de ses participants.

Le carnaval d’Oruro comporte une culture à part entière : danses, costumes, musiques, vocabulaire et surtout légendes. Grâce à ces dernières, nous comprenons mieux le sens des danses et leurs origines géographiques. Les légendes-mères sur lesquelles repose la tradition d’éclectisme du carnaval sont celles de Chiru-Chiru et de Nina-Nina.

Selon la légende, Chiru-Chiru (de son vrai nom Anselmo Berardino) était un jeune bandit qui, dans les années 1780, vivait près de la grotte Pie de Gallo, non loin de la ville d’Oruro. Ses cheveux ébouriffés n’étaient pas sans rappeler un nid, ce qui lui valut ce surnom d’un oiseau local. C’était une sorte de Robin des Bois bolivien qui aimait voler les plus riches pour donner aux plus pauvres. Un jour, les habitants du village remarquèrent son absence et partirent à sa recherche. On le retrouva gisant dans sa grotte, un poignard planté dans le cœur. Il était parvenu à se hisser jusqu’à l’autel consacré à sa protectrice, la Vierge del Socavón, mais était arrivé trop tard et n’avait pu l’invoquer. La surprise des villageois atteignit son comble lorsqu’ils aperçurent, sur la couche du défunt, la silhouette de la Vierge. Depuis, la grotte est devenue lieu de pèlerinage, et on y célèbre la Vierge del Socavón (socavón veut dire « alcôve » ou « nid de poule »).

La légende de Nina-Nina est très semblable à celle de Chiru-Chiru. En effet, vers 1780 et dans un Oruro en plein essor, vivait un bandit particulièrement espiègle que l’on surnommait Nina-Nina. Tout comme Chiru-Chiru, il donnait aux pauvres ce qu’il volait aux riches. La particularité du protagoniste de cette seconde légende est qu’à chaque emprisonnement il s’échappait mystérieusement. Une croyance finit par s’installer : le bandit était protégé par une Vierge qu’il vénérait. Un jour qu’il fut pris par l’envie irrépressible de voler une famille d’indigents, il perdit la confiance de la Vierge qui cessa de le protéger. Il fut dès lors gravement blessé par le chef de la famille, et laissé pour mort dans la rue. Lors de son agonie, il se repentit et supplia sa Vierge de le pardonner. Le prenant en pitié, celle que l’on appela par la suite Virgen del Socavón l’éleva jusqu’à elle dans les cieux pour l’assister dans son agonie. Les villageois retrouvèrent le corps de Nina-Nina mystérieusement déposé près de la grotte Pie de Gallo, devant une peinture représentant la Virgen del Socavón.

Mais au-delà de ces légendes, on note d’autres contes traditionnels desquels sont issues les danses et les musiques du carnaval d’Oruro. Par exemple, la tradition de la danse des Incas vient des populations avoisinant le lac Titicaca. L’image de l’ours, très largement présente dans les costumes des danses du carnaval, est tirée d’un conte Chachapoya (civilisation pré-incaïque du nord du Pérou, IXe-XVe siècle), dans lequel un ours enlève une jeune fille et engendre ainsi un monstre appelé Juan Puma (puma signifiant « ours » en quechua). Selon la légende, la jeune femme s’enfuit avec ce personnage hybride, mi-homme mi-animal, aux forces surnaturelles, qui se tourne ensuite vers les villageois pour les aider et les protéger. Il est entré dans la cosmogonie andine et Juan Puma est célébré chaque année le 28 juin, jour de la fête de San Pedro.

A cette occasion, les participants se livrent à une danse folklorique, et c’est cette même tradition qui a migré jusqu’au carnaval d’Oruro, où l’on reconnaît le personnage de l’ours (costume blanc ou marron et grands yeux ronds) chez les danseurs de la Diablada. On retrouve ici le thème du rapt d’une jeune fille, avec l’invitation d’une villageoise par le Tío Supay. L’ours et ce dernier partagent une personnalité effrayante assimilée au diable, tout comme une aura protectrice, ce qui peut sembler paradoxal pour des spectateurs occidentaux. Ici, nous touchons du doigt toute la subtilité du syncrétisme andin !