Manco Cápac (fin du XIIe – début du XIIIe)

Réel pour certains, fictif pour d’autres, Manco Cápac est reconnu comme le fondateur de la civilisation inca.

Manco Cápac à Tiquina

Manco Cápac est le personnage majeur de l’histoire de la dynastie inca. Bien que son existence reste aujourd’hui un objet de débat entre les historiens, il est omniprésent dans les représentations religieuses de la civilisation inca. Il s’apparente à un messie, né du dieu Inti, divinité du Soleil et lui-même fils de Viracocha, divinité créatrice et tutélaire pour les Incas. On situe la naissance de Manco Cápac au XIIIe siècle près de l’île du Soleil sur le lac Titicaca.

La première légende : les frères Ayar

Il existe deux légendes. La première est celle des frères Ayar : Ayar Manco et sa femme Mama Oclló, Ayar Cachi et sa femme Mama Cora, Ayar Uchu et sa femme Mama Rahua, Ayar Auca et sa femme Mama Huaco. Ils seraient apparus sur la montagne Pacaritambo, au nord-ouest de l’actuelle Cuzco, après un déluge qui aurait tout dévasté. A la vue de l’impraticabilité du terrain, les frères décidèrent de se déplacer vers le sud-est du pays pour refonder une cité, accompagnés de dix ayllus, ces communautés familiales à la base de l’organisation inca.

La légende est composée des diverses aventures que rencontrèrent les frères Ayar et leur communauté sur leur chemin vers une meilleure terre. Au cours de la marche, l’un des frères Ayar Cachi, au tempérament caractériel et violent, dut être neutralisé par le reste du groupe et fut enfermé dans une grotte de la montagne Tampú Tocco. C’est un homme de main du reste de la fratrie qui fut chargé d’en bloquer l’entrée à l’aide d’une grande pierre. Le deuxième frère à disparaître fut Ayar Uchu, pétrifié au contact d’une immense statue de pierre au pied de la montagne Huanacauri. C’est dans la Pampa del Sol que le troisième frère, Ayar Auca, fut à son tour pétrifié et changé lui aussi en statue de pierre. Il ne restait alors plus qu’Ayar Manco pour guider la communauté.

Le groupe finit par trouver des terres satisfaisantes. Il planta facilement dans le sol son bâton de commandement, mais eut plus de mal à l’en retirer, signe de qualité de la terre. Ayar Manco, aussi appelé Manco Cápac, y fit installer sa cité, Cuzco, le nombril du monde en quechua. Cuzco fut déclarée capitale de ce qui devint bien vite le très vaste Empire inca, le Tahuantinsuyu ou Tahuantinsuyo en quechua.

La seconde légende : Manco Cápac et Mama Oclló

La seconde légende raconte que le Soleil donna naissance à Manco Cápac et Mama Oclló dans les eaux du lac Titicaca. Inti, le dieu-Soleil, leur donna un sceptre d’or et la mission d’aller offrir aux peuples environnants une grande civilisation. Il leur demanda de fonder un royaume et d’y instiller le culte du Soleil.

Guidés par le sceptre d’or sacré, ils quittèrent la Bolivie pour se diriger vers le nord. Le sceptre finit par se planter dans le sol d’une terre idéale pour fonder le royaume de Manco Cápac et de Mama Oclló. Ces deux derniers décidèrent alors de partir à la rencontre des populations de la région pour en faire le peuple de leur empire. Les habitants ne tardèrent pas à reconnaître ces deux personnages comme des êtres surnaturels, et suivirent les enfants du Soleil jusqu’au mont Huanacauri. C’est là que furent fondées Cuzco et la civilisation Inca.

Ces deux légendes coïncident sur plusieurs points cruciaux : d’abord la filiation de Manco Cápac avec le dieu Inti et sa sœur-épouse Mama Oclló. Puis la souveraineté du personnage, à l’origine de la civilisation inca.

																					
Manco Cápac à San Pedro de Tiquina

Représentations et place dans la cosmovision andine

Manco Cápac est la figure tutélaire de la religion inca. C’est le personnage majeur dans la représentation, encore actuelle, de cette civilisation. Sa figure est présente par exemple lors du Carnaval d’Oruro. Il s’agit d’un événement notable durant lequel on observe une multitude de danses folkloriques. Parmi elles, la danse de l’Inca, où l’on reconnaît dans les costumes le jaune comme couleur dominante, la coiffe en forme de soleil et le sceptre d’or. Mais les personnages de Manco Cápac et de Mama Occlo sont également présents sur de nombreuses œuvres céramiques ou des portails de temples incas. Ils sont célébrés tout au long de l’année par les descendants des Incas.

Descendance et héritage

On prête à Manco Capác une mort naturelle, puisqu’il n’existe aucune preuve de défaite militaire majeure ni d’événement tragique dans la représentation historique du premier Inca. A sa mort, c’est son fils Sinchi Roca qui récupéra la charge d’empereur. La dynastie qui lui succéda fut riche de douze empereurs. Le dernier, Atahualpa, mourut en 1533 et tomba face aux conquistadors espagnols menés par Francisco Pizarro, qui colonisèrent l’Empire inca.