La Bolivie de Depardon au Grand Palais

13 janvier 2014Evénements

Jusqu'au 10 février, le Grand Palais expose 150 photographies de Raymond Depardon, dont certaines ont été prises dans l'Altiplano bolivien.

bolivie 2005

C’est avec son Rolleiflex, étrange appareil photo apparu dans les années 1930, que Raymond Depardon débarque en plein cœur de la campagne bolivienne. A plus de 800 km de Santa Cruz, dans le petit village de Tarabuco, l’arrivée du photographe de 71 ans avec son antiquité aux deux objectifs superposés à de quoi intriguer. Les habitants du village s’étonnent : habituellement, les visiteurs viennent uniquement le dimanche, le jour du marché.

C’est dans un décor de western que le photographe opère : une place avec son église blanche abrite un poste de police aux portes grandes ouvertes, pendant que quelques indiens en poncho sommeillent à même le sol.

Le seul hôtel de la ville est fermé, reste à trouver un endroit où loger. Un villageois accepte de recevoir l’artiste dans une chambre spartiate au matelas en piteux état. C’est à peine si les portes empêchent le froid de s’infiltrer, les nuits sont pourtant fraiches à 3600 m d’altitude ! Mais le photographe ne s’en formalise pas, bien au contraire : « Je suis heureux comme un gamin. J’adore ce genre de vie, prendre la route, ne pas savoir où l’on va dormir le soir. »

Raymond Depardon est venu dans l’intention de tarabuco boliviephotographier les indiens pour son exposition au Grand Palais, mais quelles sont ses réelles motivations ? L’artiste a commencé son périple à Santa Cruz, la métropole de l’est du pays, située au cœur de l’Amazonie bolivienne, afin de s’habituer progressivement à l’altitude. Il s’éloigne peu à peu du tumulte pour découvrir des paysages quasi-désertiques, des pistes de terre bordées de cactus géants, comme s’il amorçait un voyage dans le temps. Que cherche-t-il vraiment ? La réponse peut paraître surprenante « Je veux continuer à photographier mes parents », affirme-t-il.

Le photographe a passé son enfance à la campagne, dans la ferme du Garet. A 13 ans, il achète son Rolleiflex, dans un marché aux puces à Lyon. Il immortalise la vie de la ferme, ainsi que sa famille ; des souvenirs qu’il qualifiera de « moments doux ».
Depardon explique alors les raison de sa quatrième visite en Bolivie. Selon lui, les indiens de l’Altiplano sont comme ses parents : ce sont des paysans qui ont les mêmes préoccupations qu’eux. Et c’est au travers de son premier appareil qu’il souhaite les immortaliser.

La tâche s’avère souvent ardue, beaucoup d’indiens ne se tarabuco bolivielaissent pas photographier. Sur la route, l’artiste rencontre un couple qui accepte de poser en échange d’un trajet, qui leur permettra d’aller vendre au marché leurs deux sacs de pomme de terre. Depardon s’émeut, l’homme et la femme sont vêtus de leurs plus beaux apparats pour tenter de vendre leur maigre butin, tout comme ses parents à l’époque.

Mais d’autres indiens sont beaucoup plus réticents : souvent chassé, parfois reçu à coups de pierre, le photographe insiste devant ces réactions qu’il qualifie de classiques. Depardon est un maitre de l’approche, il arrive peu à peu à se faire oublier sur les marchés : il persiste et signe.

Il n’en est pas à ses premiers clichés sur le monde paysan : depuis les années 1970, il a multiplié les photos et les films sur les éleveurs et les agriculteurs. Entre les Toubou du Tchad, les Mapuches du Chili ou encore se récente trilogie en cinéma direct sur l’agriculture en France (Profils paysans), Depardon reste bel et bien ancré dans le monde agricole de ses parents qu’il chérissait tant.

Biographie : Raymond Depardon est né en 1942 dans le Rhône, à Villefranche sur Saône. Il grandit dans une ferme et découvre dès l’âge de 12 ans son amour pour la photographie.
Dans les années 1960, devenu photographe polyvalent, il effectue de nombreux clichés de vedettes, de faits divers, des Jeux Olympiques et sera finalement mis sous les feux des projecteurs grâce à sa couverture de la guerre d’Algérie.

Il crée l’agence de photographie Gamma en 1966 mais rejoint par la suite la coopérative Magnum, en 1978.

Depardon tourne plusieurs longs métrages, notamment en Afrique, et fonde en 1981 sa propre société de production de films.

En 2012, il réalise avec son Rolleiflex le portrait officiel du Président de la République François Hollande.