Fête du nouvel an andin en Bolivie

17 juin 2013Evénements

Le 21 juin prochain, les Aymaras ainsi que de nombreuses autres communautés andines de Bolivie s'apprêtent à fêter le solstice d'hiver austral et la nouvelle année.

Nouvel an Aymara
La Bolivie est un pays métissé dans lequel près de 36 groupes ethniques représenteraient plus de 50% de la population totale. Ce 21 juin, différentes communautés du territoire célèbreront, suite au jour le plus court de l’année, le réveil de la nature et le retour du soleil. En effet, dans les croyances andines, le soleil tient une place déterminante car il représente la vie et la création de toute chose. Il est un être à part entière qu’il faut protéger et vénérer pour bénéficier de sa clémence et de sa protection.

Ainsi, ce sont des milliers de personnes qui sont attendues sur plus de 80 sites sacrés pour participer à cette fête mêlant offrandes, danses, musique traditionnelle, recueillement et joie de se retrouver. Parmi les sites importants l’on retrouve celui de Tiwanaku, mais aussi le Fort de Samaipata dans la province de Santa Cruz, ou encore l’Incallajta à Cochabamba.

C’est le site de Tiwanaku qui s’apprête à accueillir le plus de visiteurs. Ce sont en effet près de 500 000 personnes qui sont attendues dans l´ancienne ville. Il faut dire que ce site revêt une importance toute particulière pour les peuples andins puisqu´il est considéré comme étant la cité historique de la divinité solaire avec de nombreux monuments érigés en son honneur, tels que la Porte du Soleil.

Porte du Soleil, Tiwanaku

Chaque année, la communauté aymara notamment, l’une des plus importantes du pays, se rassemble pour prier la Pachamama (la Terre Mère) et Inti (le Dieu Soleil) de leur apporter de bonnes récoltes pour l’année à venir.

La célébration commence avant les premières lueurs du soleil lorsqu’un Amauta, figure assurant le lien entre la Pachamama et le cosmos, brûle les offrandes apportées. Feuilles de coca, alcool, bois parfumé, sucreries ou encore fœtus de lama sont déposés sur les braises. De nombreuses clameurs s’échappent de la foule lorsqu’Inti éclaire l’assemblée de ses premiers rayons. « Jallala Tata Inti! », « Nous te saluons ô Père Soleil ! ». Le 21 juin est donc l’occasion de participer à l’Intiwatana (littéralement « accrocher le soleil »), et aux rites effectués pour que l´astre adoré, situé « loin de la Terre », ne s’éloigne pas plus et, au contraire, s´approche pour apporter la vie.

Parmi les peuples andins, le peuple aymara est l’un des plus importants avec aujourd’hui plus de 2 millions de locuteurs, majoritairement présents sur le territoire bolivien.

L’histoire des Aymaras est millénaire et remonterait à l’an 200 avant J-C. Installés aux alentours du lac Titicaca, ils établirent leur capitale non loin de celui-ci, sur l’ancien site de Tiwanaku (Tiahuanaco).

Femmes Aymara

En s’appuyant sur la construction de bâtiments et de routes, les Aymaras s’étendirent jusqu’aux frontières actuelles du Chili, de l’Argentine et du Pérou, constituant l’un des peuples précolombiens les plus importants, avant même la création de l’empire inca. Leur commerce avec les populations voisines en fit une population prospère et dominante sur l’altiplano andin. Organisés en de multiples chefferies, ils ne parvinrent cependant jamais à s’organiser en un royaume unique et puissant, ce qui causa leur déclin face à l’expansion du royaume inca puis à l’arrivée des colons espagnols.

L’agriculture et l’élevage ont été des piliers de leur développement. Comme le démontrent notamment leurs techniques d’irrigation complexes, les Aymaras ont toujours sû maîtriser leur environnement, tout en le respectant. Leur savoir en matière d’astronomie et de cosmogonie était également étendu. La fête du nouvel an telle qu’elle est encore pratiquée de nos jours est un exemple des connaissances qu´ont développées ce peuple sur les connexions et les cycles de la terre nourricière, de ses cultures, du ciel et de ses astres.

Le président bolivien Evo Morales, lui-même d’origine aymara, a ainsi proclamé le 21 juin jour férié national. Une décision qui permet, depuis 2009, aux communautés andines et amazoniennes de Bolivie de célébrer pleinement le Willka Kuti, la nouvelle année et la renaissance du soleil, dans le respect de leurs traditions et de leurs croyances millénaires.