Les missions jésuites de la Chiquitanía

Les réductions de la Chiquitanía constituent un témoignage exceptionnel de l’œuvre des jésuites en Bolivie.

Partez à la découverte des missions jésuites de la Chiquitanía.
Adaptation théatrale du livre Sagrado experimento de Fritz Hochwaelder

Les réductions jésuites se développèrent autour de certains principes majeurs: le respect des droits et des devoirs des autochtones, la participation des communautés à la gestion quotidienne du village, la reconnaissance, et non plus la négation, de leur culture (culture pour autant « améliorable »), la promotion de leur savoir-faire artisanal et de leurs dons artistiques, et bien sûr la prédication de l’Evangile pour leur « permettre de progresser et de s’émanciper » afin qu’ils forment de nouvelles populations chrétiennes au service de Dieu et de la Couronne.

																					
Cueva del Yeso, extraction de chaux, gypse et kaolin, pour la construction de San Ignacio de Velasco

Si les prémices des missions jésuites dans les plaines de Chiquitos furent mises en place par le père José de Arce et ses disciples, ce fut sans conteste l’œuvre du père suisse Martin Schmid – œuvre tant humaniste qu’architecturale et musicale – qui laissa une trace indélébile dans l’histoire des Chiquitos et de leur région. Arrivé en Chiquitanía en 1730, il œuvra tout d’abord à San Javier, mission dans laquelle il resta jusqu’en 1739, avant de rejoindre San Rafael (1740-1749), de revenir à San Javier (1750-1753), de repartir pour Concepción (1754-1756) puis finalement San Juan (1757-1769).

Déjà excellent musicien et compositeur avant de rejoindre la Compagnie de Jésus, le père Schmid organisa tout naturellement les réductions qu’il géra autour de la musique baroque polyphonique. Il enseigna aux natifs à fabriquer des instruments (violons, flûtes, harpes et orgues) et leur apprit à en jouer. Egalement architecte, le jésuite, aidé des multiples talents locaux, restaura ou construisit la majorité des églises des réductions dans un style baroque métis alliant l’art européen à l’art indigène.

Aujourd’hui encore, les églises, les messes et leurs chants rythment la vie quotidienne des Chiquitos.

San Javier de Chiquitos

Malgré les pluies saisonnières et l’opposition des Cruceños (habitants de la région de Santa Cruz), le père Arce partit le 2 septembre 1691 accompagné du frère Antonio de Rivas et de deux guides indigènes en direction du nord-est, à la rencontre avec les Indiens Piñoca. Certains d’entre eux, souffrant d’une infection, furent soulagés par les missionnaires qui avaient des connaissances en médecine. Les Piñoca leur demandèrent alors de rester avec eux. C’est ainsi que le père Arce fonda le village de San Francisco Javier le dernier jour de décembre de l’année 1691. Ce petit village fut déplacé à plusieurs reprises avant que le père Lucas Caballero ne l’installe sur son site actuel. A son arrivée dans la région au milieu du XVIIIe siècle, le jésuite Martin Schmid y établit la première école de musique et un atelier de fabrication d’instruments où étaient conçus des violons, des harpes et des orgues. Entre 1749 et 1752, il y fit construire également son église, qui fut restaurée par le père Hans Roth entre 1987 et 1992.

Découvrez l’intérieur de l’église

																					

San Rafael de Chiquitos

Les premières fondations du village sur les rives du ruisseau Jacopo furent l’œuvre du père José de Arce. Les constructions furent ensuite poursuivies en 1696 par les pères Juan Bautista Zea et Francisco Hervás, puis par le père Juan Castañeda, qui fixa le village sur son site actuel en 1750. L’église, édifiée entre 1745 et 1749, est la première œuvre architecturale du père Martin Schmid dans les missions de Chiquitos. Elle se distingue par une galerie externe et un clocher en bois. L’intérieur est entièrement recouvert de mica. La majeure partie du toit et le boisage sont originaux, tout comme la peinture murale, la sacristie et les retables. Les colonnes extérieurs ont été copiées et remplacées par des artisans locaux au XXe siècle. Sa restauration complète fut quant à elle réalisée par Hans Roth et le père Godofredo Trenker entre 1972 et 1979.

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San José de Chiquitos

En 1698, les pères Felipe Suárez et Dionisio Ávila fondèrent la réduction de San José en l’honneur de don José Campero, marquis de la vallée de Tojo et bienfaiteur de la Compagnie de Jésus à Tarija. Son originalité tient aux quatre chapelles se trouvant aux angles de la place et destinées aux processions. Son église, dont la construction débuta en 1731, est la plus ancienne de l’ensemble jésuite de Chiquitos. L’originale façade de pierre, de brique et de chaux fut édifiée en 1745, le clocher en 1748 et la chapelle Miserere, avec une voûte au toit plat, en 1750. L’ensemble religieux fut largement remanié au XVIIIe siècle. Sa restauration fut lancée en 1990 par Hans Roth.

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Concepción

Depuis San Francisco Xavier, le père Lucas Caballero fonda en 1699 une première mission nommée Inmaculada Concepción. Elle ne dura que très peu de temps. Quelques années plus tard, en 1707, ce dernier, accompagné du père Francisco Hervás, en fonda une nouvelle sous le même nom. Le village ne fut pas occupé en permanence avant 1722, date à laquelle il fut déplacé jusqu’à son emplacement actuel. La superbe cathédrale richement décorée fut construite par le père Martin Schmid entre 1752 et 1756, et sa restauration entreprise entre 1975 et 1982. Une effigie en bois grandeur nature du restaurateur, Hans Roth, se dresse dans le musée situé sur la place principale. Elle représente le père un doigt dans le nez.

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San Miguel de Velasco

Ce village fut fondé par le père Felipe Súarez en 1721. La construction de l’église débuta en 1721 et s’acheva en 1750, sous l’initiative du père Johann Messner. Les trois retables, la chaire et les quatre confessionnaux, quant à eux, furent l’œuvre de l’artiste Antonio de Rojas entre 1761 et 1767. C’est là encore l’architecte Hans Roth qui se chargea de la restauration, entre 1979 et 1983, avec l’aide du père Godofredo Trenker. Les murs d’adobe, certaines parties de la peinture murale ainsi que la majeure partie du mobilier et des sculptures sont d’origine. On trouve dans le village un petit atelier d’artisanat de bois où les locaux continuent d’exercer leur talent. San Miguel compte aujourd’hui la plus forte population indienne de la Chiquitanía.

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San Ignacio de Velasco

En 1748, le père Miguel Areicher fonde San Ignacio avec les Indiens Ugaraño et les survivants de San Ignacio de Zamucos, autre réduction détruite peu de temps après sa fondation. L’église de San Ignacio fut la plus grande de Chiquitos. Sa construction se termina en 1761 mais les autels furent édifiés plus tard, après l’expulsion des jésuites. Une nouvelle église fut construite en 1974 après que la première eut été abattue en 1948.

Découvrez l’intérieur de l’église.

																					

Santa Ana de Velasco

Cette mission fut fondée en 1755 par le père Julián Knogler. La construction de l’église, le plus simple et le plus petit des temples chiquitanos, a été effectuée par des Indiens de Chiquitos entre 1768 et 1831, soit après l’expulsion des jésuites. Entre 1996 et 2000, la restauration de l’église de Santa Ana fut entreprise par une équipe d’architectes, avec Hans Roth à leur tête, et comprise dans un projet plus global de restauration du village. Une grande partie du toit ainsi que le sol sont d’origine, alors que les colonnes sont des copies taillées par les locaux. La peinture murale est également d’origine bien que datant de quatre époques différentes. Dans le chœur se trouve l’unique orgue conservé au sein de toute la Chiquitanía. Découvrez l’intérieur de l’église.