Religions, croyances et rites de Bolivie : polythéisme, catholicisme et syncrétisme

Le syncrétisme bolivien s’est construit autour des cultes des civilisations pré-incaïques et du catholicisme des colons espagnols.

Le culte polythéiste des peuples andins : Viracocha et Pachamama

Les peuples amérindiens de la cordillère des Andes, notamment les Aymaras et les Quechuas, possèdent depuis des millénaires des croyances à la fois animistes et polythéistes. Celles-ci sont difficiles à dater car ces peuples, à la culture orale, ont laissé peu de traces écrites. Néanmoins, on estime qu’elles remonteraient au paléolithique (au moins douze siècles avant J-C).

Les deux plus importantes divinités dans la cosmovision andine sont Viracocha, figure tutélaire et Créateur de toute chose, et Inti, la divinité du Soleil, fils de Viracocha. Une autre divinité importante dans ces sociétés largement agricoles est la Pachamama. Ce terme vient de Pacha (espace-temps, deux notions non séparées dans la cosmologie andine) et Mama, la mère. La Pachamama représente ainsi la Terre-Mère, non pas seulement le sol ou la terre d’un point de vue géologique, mais bien la terre nourricière, et la nature dans son ensemble. Garante de la fécondité et des récoltes, on comprend son importance pour des peuples qui vécurent largement de l’agriculture et de l’élevage pendant des siècles.

																					
Des offrandes à la Pachamama

La Pachamama est une divinité protectrice des montagnes, de la vie sauvage mais aussi des voyageurs. En contrepartie de son aide et de sa protection, des offrandes lui sont faites lors de tous les événements culturels ou sociaux, car si elle n’est pas suffisamment « nourrie », elle peut provoquer des maladies ou donner de mauvaises récoltes.

Parmi les offrandes, on peut trouver des feuilles de coca, qui possèdent une grande valeur symbolique, de la chicha (bière de maïs) ou des coquillages. Pour les événements plus importants, il est courant de sacrifier des camélidés ou de déposer des fœtus de lamas qui, selon la tradition, permettent de fertiliser la terre et de ne jamais manquer la récolte.

Cérémonie familiale à la Pachamama

Dans la cosmovision andine, on retrouve également des divinités comme la Lune (Quilla), le Tonnerre (Illara), les Sommets enneigés et la Montagne (Apu) ou le Tío Supay. Aussi appellé Zupay ou diable andin, c’est un dieu/démon qui habite dans l’infra-monde, les profondeurs de la terre, aux côtés des défunts, et qui peut être bon ou mauvais. Il revêt de fait une importance majeure pour les travailleurs des mines. Ceux du Cerro Rico, la fameuse mine de Potosí, observent ainsi une série de rites et de pratiques dans leur descente quotidienne sous terre: aspersion de sang de lama autour de l’entrée de la galerie, ou dépôt de fœtus séchés de lamas.

																					
Prière à la Pachamama, île du Soleil

Sous terre, on trouve au bout des couloirs plusieurs statues, grandeur nature, de personnages à l’allure anthropomorphique et souvent colorées en rouge : il s’agit d’une représentation du Tío Supay. Assis, les traits sévères, il est vêtu d’une sorte de linceul et sa tête est presque invariablement ornée de cornes. Les offrandes des mineurs lui sont toutes consacrées : lors de la descente, chacun vient y déposer son lot de cigarettes, de feuilles de coca ou encore de bouteilles de l’alcool local à 96°, le Ceibo. Ces offrandes sont faites dans l’espoir de continuer l’exploitation de la mine du mieux possible, et de remonter à la surface les minerais en grande quantité, mais aussi de travailler en sécurité : le Cerro Rico, sillonné de galeries non répertoriées, menace de s’écrouler dans les vingt à trente prochaines années.

Zupay, mine de Potosi

Les huacas quant à eux sont des lieux naturels notables qui, associés à un esprit, deviennent lieux de culte.

Le culte des Apus est, avec celui de la Pachamama et du Tío Supay, l’un des trois plus importants de nos jours. Il n’est pas rare de rencontrer des monticules de pierres en passant les cols des Andes : le voyageur prend en effet soin d’en déposer une pour s’attirer les bonnes grâces des esprits de la montagne.

																					

Evangélisation et syncrétisme

Lors de leur arrivée en Amérique du Sud, les colons espagnols avaient pour mission d’évangéliser les populations locales. Imposant le christianisme, ils tentèrent de les faire renoncer à leurs cultes. Elles assimilèrent sincèrement la religion catholique mais sans toutefois renoncer à leurs dieux, et les deux systèmes de croyance finirent par s’entremêler au fil du temps.

Dans les Andes, les divinités indiennes se mêlèrent alors aux dieux et aux saints chrétiens. La Pachamama prit les traits de la Vierge Marie, le dieu-Soleil Inti devint le Christ, et Tío Supay le diable.

Aujourd’hui religion officielle de la Bolivie, le catholicisme est largement majoritaire dans le pays, mais de nombreuses familles pratiquent encore les cultes andins. Ce syncrétisme se retrouve aussi au Pérou, en Equateur et dans le nord de l’Argentine et du Chili, comme dans les régions amazoniennes de la Bolivie où la religion catholique s’est mêlée aux croyances de dizaines d’ethnies indiennes, Guaranis ou Yuracarés entre autres.

																					

Les fêtes religieuses de Bolivie

Le rituel central de la Pachamama est la Ch’alla ou Pago, dont les festivités se déroulent du 1er au 31 août. En parallèle, les cérémonies catholiques traditionnelles sont célébrées dans tout le pays. Enfin, de nombreux événements permettent de vivre ce syncrétisme, très présent en Bolivie, comme la Chope Piesta (dans la région amazonienne), le carnaval d’Oruro ou le Gran Poder.

Voir notre page sur les fêtes populaires.