Les fêtes populaires en Bolivie

Les fêtes traditionnelles sont des célébrations importantes qui rythment la vie bolivienne : voici la liste à ne pas manquer lors de votre séjour.

Fête des compadres et comadres

Dans toute la Bolivie, entre fin janvier et début février

Du latin compater, « qui partage la paternité », les compadres et les comadres font habituellement référence aux parrains et aux marraines du baptême catholique. Au-delà des liens consacrés par cette cérémonie religieuse, en Bolivie les relations entre compadres et comadres peuvent renvoyer uniquement à des rapports amicaux très proches. Le compadre est choisi par son compère pour devenir son frère spirituel, son compagnon, son gardien, lors d´une célébration unique en son genre qui annonce l’imminence du carnaval.

																					
Compadres, Comadres, Copacabana

La fête se célèbre l´avant-dernier jeudi avant le carnaval. Ce sont alors les hommes qui festoient aussi bien chez leurs amis que sur leur lieu de travail ou dans les rues, autour de repas, de boissons et de danses. Le jeudi suivant vient le tour des comadres.

Devenue de moins en moins formelle, surtout chez la jeune génération, cette coutume continue néanmoins de se perpétuer chaque année à travers tout le pays. Les coutumes varient d’une région à l’autre : dans le Valle Alto de Cochabamba par exemple, la tradition est de se rendre chez son compadre avec des cadeaux culinaires. Parmi les offrandes, du maïs, des pommes de terre ou le traditionnel puchero préparé dans une marmite de terre cuite. Dans d´autres régions, la fête se déroule plutôt sur les marchés. C´est à Tarija, au sud du pays, que ces festivités sont le plus marquées; Torta (tarte), raisins et autres fruits y sont offerts et partagés.

L’année qui suit, les compadres et comadres cherchent d’autres partenaires : ainsi, il n´est pas rare, dans une petite communauté, que les villageois soient unis de cette façon les uns aux autres, créant un lien social fort.

																					

Carnaval d'Oruro

Oruro, en février

Le carnaval d’Oruro est l’un des plus grands événements culturels annuels de Bolivie. Il est célébré dans la ville d’Oruro, la capitale folklorique du pays, et fait partie du festival Ito en l’honneur du peuple uru. La célébration, vieille de plus de deux mille ans, fut transformée lors de la colonisation en un rituel chrétien, celui de la Virgen Candelaria (Vierge à la bougie), célébré le 2 février.Ces cérémonies furent interdites au XVIIe siècle par les Espagnols, alors au pouvoir sur le territoire du Haut-Pérou. Toutefois, les Urus continuèrent à célébrer le festival sous la forme du rituel catholique de la chandeleur, d’où la dimension syncrétique de la célébration. Les cérémonies proviennent ainsi de coutumes andines, avec notamment des invocations faites à la Pachamama (la Terre-Mère, transformée en la Vierge Marie) et au Tío Supay (l’Oncle de la montagne, esprit malin devenu diable). L’image de l’Oncle fait par ailleurs l’objet de culte dans le domaine minier. Ainsi, les diables dansent devant la Vierge, mère protectrice du peuple d’Oruro, pour ne pas provoquer la colère de l’Oncle dans les mines.

																					
Carnaval d’Oruro, Bolivie

Le carnaval d’Oruro, c’est un ensemble de 28 000 danseurs et de près de 10 000 musiciens répartis en 150 groupes, avec plus de 400 000 spectateurs du monde entier. 48 ensembles folkloriques, représentant 18 spécialités de danses, participent aux festivités. Ceux-ci réalisent leur pèlerinage sur un trajet de quatre kilomètres, jusqu’au Santuario del Socavón (Sanctuaire de la mine) chaque samedi de carnaval.

Grâce à sa créativité, sa continuité et sa ritualité, le carnaval fut inscrit en 2008 au patrimoine mondial de l’Unesco comme Œuvre maîtresse du patrimoine oral et intangible de l’humanité.

Fiesta de la uva

Concepción (Santa Cruz) la seconde quinzaine de mars

Chaque année dans la vallée de Concepción (département de Santa Cruz) se tient la Fiesta de la uva, la fête du raisin, durant laquelle les petits producteurs se réunissent pour présenter leurs produits aux visiteurs. La fête, qui a lieu la seconde quinzaine de mars, comprend également l’élection d’une reine.

Sur le même thème, notons également la foire-exposition du vin de table et du singani artisanal (liqueur de muscat nationale bolivienne), qui a lieu chaque année en juin dans le village de Sella, au nord de Tarija. Ce village se distingue non seulement pour son vin et son Singani, mais aussi par la beauté de ses femmes, qui a inspiré de nombreux poètes.

																					

Chope Piesta ou Fiesta Grande

Trinidad (Beni) entre fin mai et début juin

Cette fête traditionnelle, qui était célébrée avant même la fondation de Trinidad, remonte au XVIIe siècle. La Chope Piesta, qui signifie Grande Fête, était l’espace où les communautés indiennes chrétiennes montraient leur dévotion à la Sainte-Trinité. Il s’agit d’une fête de syncrétisme religieux et culturel important, avec un mélange entre les traditions de chaque ethnie et celles venues d’Espagne. Dans la tradition catholique, le jour de la Sainte Trinité n’est pas figé, c’est la raison pour laquelle la fête se célèbre entre fin mai et début juin.

																					
Fiesta Grande Trinidad

Au programme notamment, le jocheo de taureaux, le mât de cocagne, l’élection de la reine (la belle Moperita), ou encore la danse des macheteros. Ces derniers entrent sur la place principale avec leurs chemises blanches typiques, machettes en main et un couvre-chef sur la tête fait de grandes plumes multicolores. Ils avancent en dansant – une danse aléatoire aux racines amazoniennes, partie intégrante d’une procession dédiée à la Sainte-Trinité. Les femmes suivent d’autres rythmes créoles de l’Est bolivien, tels le taquirari ou la chovena, tournoyant gracieusement dans leurs habits colorés. L’après-midi, tout le village se retrouve autour de la place de la Tradition, où s’est préparé le jocheo de taureaux, une épreuve de monte au cours de laquelle les hommes tenteront de démontrer leur valeur.La mission de la Sainte-Trinité fut fondée en Amazonie bolivienne le 9 juin 1686 par le jésuite Cipriano Barace, sur les berges du fleuve Mamoré, dont le nom signifie « mère des eaux ». Il amena les premières têtes de bétail depuis Santa Cruz de la Sierra jusqu’au département du Beni, alors que la tradition de l’élevage n’existait pas. Il essaya ensuite d’évangéliser les Guarayos et les Baures, mais mourut martyrisé par ces derniers en 1702.

																					

Gran Poder

La Paz, entre fin mai et début juin

La « Fête de Jésus au Grand Pouvoir » ou la « Fête du Seigneur du Grand Pouvoir » est une fête religieuse célébrée dans la ville de La Paz. Elle remonterait à 1663, lorsque fut fondé le couvent des Mères conceptrices. Il est dit que les jeunes filles qui voulaient y entrer devaient apporter avec elles une image religieuse. L’une d’elles, Genoneva Carrión, vint avec une effigie des trois visages du Seigneur Tout-Puissant, représentant ainsi la Trinité. Cette image fut reprise par un dévot en 1904, et renommée Señor del Grand Poder, en référence au saint patron de Séville.

Son culte commença peu de temps après
. Un temple fut construit aux alentours de Chijini dès les années 30, afin d’accueillir des fidèles toujours plus nombreux. Dans la rue Illampu se trouvaient les brodeurs des costumes utilisés pour la célébration, des familles pour la plupart, et c’est à leur initiative que se tint la première fête. Bien que ces cérémonies aient souffert de changements au cours des ans, les aspects folkloriques se sont maintenus, les convertissant en une fête nationale. Ainsi, des rites d’origines aymara et catholique se mêlent dans toute la ville, témoignant du syncrétisme bolivien.

																					
Fiesta del Gran Poder, La Paz

C’est lors de ces cérémonies que l’appartenance à la communauté andine se manifeste : les individualités disparaissent au profit du collectif. Les festivités comptent la présence de 30 000 danseurs et 4 000 musiciens qui envahissent les rues de La Paz, avec de nouveaux costumes chaque année. A la fin de la fête, le preste, désigné à l’avance, est chargé d’organiser l’après-festivités en prenant en charge notamment boissons ou nourriture. C’est une fonction prestigieuse que chacun veut exercer au moins une fois dans sa vie.

Fête du solstice dans les rues de Tiwanaku

Tiwanaku (La Paz), le 21 juin

La nouvelle année aymara commence le 21 juin, avec le solstice d’hiver et le début d’un nouveau cycle agricole (époque des semis), moment choisi pour la célébration du Nouvel An andin. Autrefois, les agriculteurs des hauts plateaux andins s’appuyaient en effet sur l’observation de divers phénomènes astronomiques lorsque débutaient les activités agricoles. Les amautas – les prêtres andins – estimaient que le moment était parfait pour réordonner la terre.

Ainsi, tous les 21 juin, la cité sacrée de Tiwanaku accueille des cérémonies qui rappellent un passé plein de splendeur. Ce jour-là, les premiers rayons de soleil pénètrent par la porte du temple de Kalasasaya et illuminent le magnifique monolithe Ponce. Les participants célèbrent alors l’Inti (le Soleil) et la Pachamama (la Terre-Mère), et, entre autres rites, leur offrent en sacrifice le sang de lamas. Le sens de cette cérémonie est d’assurer la reproduction de la vie avec la bénédiction du Soleil, pour les semis et les récoltes.

																					

Fête de la Vierge d’Urkupiña

Quillacollo (Cochabamba), juillet et août

A Quillacollo, tout près de Cochabamba, on célèbre en août la Vierge María de Urkupiña. La légende raconte qu’une petite fille du village qui faisait paître ses brebis vit apparaître une femme à l’aura éblouissante, portant dans ses bras un nourrisson. Cette dernière apparut dès lors régulièrement à la petite bergère, pour qui elle sembla se prendre d’affection. Un jour, les villageois décidèrent de l’accompagner au lieu habituel du rendez-vous : ils assistèrent alors au spectacle extraordinaire de la venue de la Vierge à l’enfant, qu’ils virent aussitôt s’élever dans les cieux. La fillette, désignant la Vierge, s’exclama alors en quechua « Ork’o piña ! », littéralement « Elle est déjà sur la montagne! ». On fit alors construire à cet endroit une chapelle dédiée à la Vierge. On peut aujourd’hui voir l’objet de ce culte dans le temple Matriz de Quillacollo, où bon nombre de pèlerins viennent se recueillir chaque année.

On célèbre depuis chaque 15 août la Vierge d’Urkupiña, nom dérivé du quechua et hispanisé au moment de la colonisation. Il semblerait que la reconnaissance de cette figure comme Vierge canonique remonte justement à l’époque de la colonisation, au XVIe siècle. Plus tard, en 1998, la Vierge d’Urkupiña fut proclamée sainte patronne de l’intégration nationale. Les festivités dédiées à celle-ci s’étendent sur toute la durée des mois de juillet à août à Quillacollo et commencent par un carnaval inspiré de celui d’Oruro. Cette première manifestation concentre près de 10 000 danseurs et musiciens déguisés qui font vivre le folklore local.

																					
Fête de la vierge d’Urkupiña

Le moment de la grand-messe officielle consacrée à la Vierge se tient le 15 août. Cette tradition liturgique rassemble les autorités ecclésiastiques nationales et départementales de Bolivie, et se clôt sur la procession d’une figure de la Vierge à travers les rues de la ville, pour enfin s’ouvrir sur une nouvelle série de festivités urbaines. Le lendemain, la fête bat son plein avec une tradition des plus curieuses : la procession se rend au pied du Cerro Cota où, selon la légende, apparut la sainte, pour y ramasser des pierres qui symbolisent l’aide (souvent financière) que les fidèles implorent. Cet emprunt matérialisé sera remboursé l’année suivante au même endroit, à la manière d’un prêt intéressant !Cette figure sainte est aujourd’hui encore extrêmement importante, non seulement d’un point de vue religieux mais aussi culturel. Ainsi, en 2012, le Parlement bolivien a accordé une distinction toute particulière à la Vierge d’Urkupiña, lui décernant la médaille d’honneur du mérite culturel, en reconnaissance de sa figure emblématique et de sa célébration comme l’une des expressions culturelles les plus prégnantes de Bolivie.

Le baptême des voitures à Copacabana

La Vierge de Copacabana, vénérée dans tout l’Altiplano, a son église dans la ville de Copacabana. Cette dernière, située sur les bords du lac Titicaca, est un haut lieu de pèlerinage.C’est le passage obligé pour faire baptiser sa voiture. Faute d’assurance automobile obligatoire, les conducteurs des alentours comptent sur la protection de la Vierge.

Ch’alla, le baptême des bateaux à Copacabana

Lors d’une cérémonie qui a lieu deux fois par jour, il s’agit ainsi de décorer au maximum son véhicule, en attendant le passage du prêtre et la bénédiction de ce dernier. Ensuite, les propriétaires bénissent leur voiture à leur façon, en l’aspergeant de bière et en réalisant des offrandes de toutes sortes.

Ichapekene Piesta ou Fiesta Mayor

San Ignacio de Moxos (Beni), du 5 juillet au 7 août

L’Ichapekene Piesta célèbre, depuis plus de 320 ans, le mythe de la victoire de San Ignacio de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Les jésuites, installés dans la région du Béni au XVIe siècle, convertirent les habitants au catholicisme, qui mêlent depuis lors rites précolombiens et culture chrétienne. Cette grande célébration syncrétique demande de longs mois de préparation, au cours desquels tous les habitants sont investis et s’évertuent à perpétuer la tradition.

 

																					
Ichapekene, San Ignacio de Moxos

Les festivités commencent en mai, avec des démonstrations pyrotechniques, puis battent leur plein entre le 5 juillet et le 7 août. Au cours de ce mois sont organisées des messes diurnes et nocturnes ainsi que des veillées funèbres.
La fête atteint son paroxysme les 30 et 31 juillet. Durant ces deux jours, 48 groupes, vêtus de costumes artisanaux et de masques d’ancêtres ou d’animaux, proposent des chorégraphies traditionnelles. La représentation principale est la mise en scène de la victoire de San Ignacio de Loyola, symbolisée par douze guerriers solaires arborant un plumage spectaculaire.

Les efforts pour maintenir cette célébration ainsi que son importance pour le patrimoine culturel bolivien lui ont permis d’être classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en décembre 2012.