La kantuta, fleur sacrée des Incas et emblème de la Bolivie

Cette belle fleur aux couleurs de la Bolivie possède une légende extraordinaire.

Fleur nationale de la Bolivie avec la patujú, la kantuta (Cantua buxifolia) pousse entre 1 200 et 3 800 m d’altitude dans les régions tempérées des Andes. Avec une longue corolle aux belles nuances vert-jaune-rouge, elle porte les couleurs du drapeau bolivien. Plante sacrée pour les Incas, toujours présente dans les rituels religieux, elle est devenue au fil du temps le symbole de la fierté de la culture andine.

Histoire et légende

La légende* de la Kantuta prend place dans le Kollasuyo, l’une des 4 régions de l’ancien Empire inca. Elle raconte une terrible guerre entre les deux royaumes les plus puissants de ces terres : celui du souverain Illampu et de son rival Illimani. Enfermés dans un cycle de lutte concurrentielle, ils avaient chacun un fils d’âge équivalent, nommés Etoile rouge et Rayon d’or.

C’est la rivalité de leurs pères qui fit naître dans le Kollasuyo un climat d’inimitié croissante, car chacun jalousait la prospérité de l’autre, pourtant comparable à la sienne. Cette haine finit par se matérialiser dans un grand combat qui opposa leurs deux armées, et dont la fin fut tragique. A la mort d’Illimani et d’Illampu, qui s’entre-tuèrent dans cette lutte acharnée, les deux princes héritèrent à contrecœur de la rivalité des rois. Ils se livrèrent ainsi une bataille sanguinaire qui décima une grande partie de leurs armées respectives. Ce duel fut étrangement identique à celui des rois qui les précédèrent, à la différence que les derniers mots expirés par les jeunes princes implorèrent cette fois un pardon mutuel.La Pachamama punit les princes belligérants en les unissant dans la mort et en déversant le dégel éternel sur leurs plaines. Au contact de cette eau avec leur tombeau commun, fleurit une longue plante aux tiges entrelacées, symbole de la réconciliation des deux royaumes : les couleurs rouge et or qui teintent la corolle de la Kantuta sont ainsi celles des deux étoiles associées aux princes de la légende. Ajoutées au vert des feuilles, la couleur de l’espoir, elles coïncident avec le drapeau bolivien que nous connaissons, devenu symbole de paix et de réconciliation.

																					
Le rite de la Kantuta

La kantuta fut une plante sacrée pour de nombreuses civilisations précolombiennes, dont les Incas. Ceux-ci possédaient un savoir-faire secret pour en extraire l’essence, qui permettait une conservation de l’eau particulièrement efficace. Aussi la fleur était-elle très présente lors des rites funéraires : elle pouvait en effet étancher la soif du défunt lors de son voyage dans l’au-delà. Ce rite funéraire fut pratiqué jusqu’au début du XXe siècle.

Mais la fleur des Incas faisait également partie des rituels de naissance. On la déposait sur le front des petites filles pour initier la série de coutumes de la féminité qui devait les accompagner tout au long de leur croissance. Elle s’imposa alors comme l’attribut de la fertilité maternelle par excellence.

Aujourd’hui encore, le rite de la Kantuta représente un baptême bolivien traditionnel, qui puise ses origines dans les coutumes incas. Manco Cápak, premier Inca et fondateur de Cuzco, en avait jeté les bases, déterminant l’acte comme le moment de la purification de l’enfant selon trois mandats principaux : Ama Sua (ne pas voler), Ama Lula (ne pas mentir), Ama kella (être courageux).

Plus généralement, la fleur fait toujours la fierté des Boliviens, notamment des Quechuas, qui la montent parfois en colliers pour en orner le cou de leurs visiteurs.

*D’après Antonio Díaz Villamil, Leyendas de mi tierra.