La naissance de la culture chiquitana

Née de la rencontre fertile entre peuples natifs et missionnaires jésuites dans des terres isolées, c’est aujourd’hui un patrimoine métis culturel et immatériel dont la richesse et la singularité sont mondialement reconnues.

Partez à la découverte des missions jésuites de la Chiquitanía.

Instruments jésuites

Pour comprendre la naissance de la culture chiquitana au sein des missions jésuites de la région, il est important d’appréhender le contexte de son développement. Quelques éléments en particulier ont été déterminants pour sceller ce métissage et cimenter dans l’histoire la culture et ses œuvres.

A l’époque de l’arrivée des jésuites dans les plaines orientales de Chiquitos, cette région difficile d’accès se trouvait dans le giron du gouvernement de Santa Cruz de la Sierra, lui-même sous-tutelle de l’« Audience de Charcas ». Cette autorité se déployait sur un vaste territoire comprenant une grande partie de la Bolivie actuelle, le Paraguay, le sud-est du Pérou ainsi que le nord du Chili et de l’Argentine. Le Charcas était alors une des neuf divisions administratives de la gigantesque vice-royauté du Pérou, qui avait, elle, devoir de loyauté envers la Couronne espagnole.

																					
Sculpture de Chochis

Manque cruel de voies de communication dans cette partie de l’Amazonie, caractère indépendant et bâtisseur des jésuites, imbroglios politiques, stratégies de pouvoir et de contrôle de territoires entre Espagne et Portugal, voici en quelques traits le cadre qui a permis à ces missions d’évoluer, entre 1691 et 1767, en quasi-autonomie, à l’écart du reste des colonies, et de sédentariser une grande partie des peuples alors semi-nomades. Un autre facteur propice à l’implantation d’une nouvelle culture commune a été, paradoxalement, la diversité ethnique et linguistique qui existait dans cette région.

Ecole de musique Santa Ana Velasco

Contrairement aux réductions paraguayennes, les missions de Chiquitos regroupaient des communautés qui parlaient des langues différentes. Pour mener à bien leur mission d’évangélisation, il fallut donc aux jésuites à la fois imposer une langue commune pour qu’ils puissent communiquer avec les autochtones, et user d’ingéniosité et de pédagogie pour les sensibiliser à la religion et aux rites chrétiens. Ainsi, pour convertir les populations, les religieux européens se servirent de médias culturels communs à tous, et donc déjà bien ancrés dans les traditions, cosmovision et croyances locales, à savoir l’image, la musique, la danse et le théâtre.

																					
Orgue à Santa Ana

Par ailleurs, l’assimilation et la conversion progressives des peuples de Chiquitos se déroulèrent à une période où les missionnaires se faisaient moins brutaux et où le « baroque métis » (1699-1780) comme style d’art, et presque d’art de vie, était à son apogée.

La réunion de ces éléments permit alors une véritable fusion entre traditions amérindiennes et mode de vie jésuite qui aboutit à la naissance de la culture chiquitana reconnue par l’UNESCO en tant que patrimoine vivant sans égal, notamment dans les domaines de la musique et de l’architecture.