Les sites Ramsar en Bolivie

La Bolivie possède 8 sites classés Ramsar, qui en termes de superficie la placent au deuxième rang en Amérique latine.

Les zones humides sont des écosystèmes dépendant entièrement de l’eau, qu’elle soit présente temporairement ou toute l’année. C’est le cas des marais, des marécages, des étangs, des lacs ainsi que des berges des rivières et ruisseaux. Elles ont longtemps été considérées comme mineures et on n’a pas hésité à les assécher ou à les exploiter. Aujourd’hui, il est avéré que ces sites jouent un rôle crucial dans la survie de nombreuses espèces, y compris l’espèce humaine. C’est pour cela que dans les années 70, à Ramsar en Iran, des normes internationales ont été établies pour leur conservation et leur utilisation raisonnées. Il existe ainsi une liste des zones humides d’importance internationale, appelées sites Ramsar.

Le lac Titicaca

Situé à 60 km au nord-ouest de la ville de La Paz et à 3 810 m d’altitude, le lac Titicaca, de 190 km sur 80 à l’endroit le plus large pour une superficie de 967 607 ha, fut l’un des principaux centres de développement de la culture andine et le moyen de subsistance de nombreuses espèces. Il est devenu site Ramsar en août 1998. Le lac absorbe l’eau de pluie de la cordillère et contrôle le processus d’inondation du río Desaguadero et de l’Altiplano central. 94 espèces d’oiseaux sont répertoriées ainsi qu’environ 25 espèces de poissons, dont deux seulement sont pêchées en abondance. Ses grands roseaux, appelés totora (Schoenoplecfus fafora), sont encore largement utilisés par les paysans de la région : on les tresse pour construire  les habitations et les barques, et on mange également ses bourgeons. À l’heure actuelle, les principales menaces sont le tourisme non réglementé, la construction de routes en bordure et leur impact sur l’environnement, ainsi que les déchets dispersés sur ses rives.

Le Pantanal bolivien

Le Pantanal fait partie des zones humides les plus importantes au monde : partagé entre la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, il couvre une superficie de plus de 17 000 000 d’hectares. La partie bolivienne atteint 3 200 000 ha. Inscrit comme site Ramsar le 21 septembre 2001, le Pantanal bolivien comprend à la fois des lagunes, des marais, de la forêt sèche et de la savane broussailleuse sur un territoire englobant de vastes zones du Chaco, du Cerrado et de la Chiquitan. Il abrite 2 290 espèces animales, dont de nombreuses espèces gravement menacées d’extinction tels le cerf des marais, la loutre et le jaguar. La richesse naturelle de cette zone humide a été mise en évidence par les scientifiques du monde entier, mais l’homme ne laisse pas de répit à la région : la chasse commerciale et l’exploitation de certains minéraux sont toujours des problèmes majeurs.

Los Bañados de Isoso et le río Parapetí

Situés dans le département de Santa Cruz, les marais d’Isoso et le río Parapeti, d’une superficie de 615 882 ha, forment la zone humide la plus importante  du Chaco. Alimentés par plusieurs ríos  et la lagune Concepcion, ils sont le trait d’union biologique entre un Nord humide et un Sud beaucoup plus sec. Inscrite en 2001 comme site Ramsar, cette zone est vitale pour l’approvisionnement en eau de la faune et de la flore durant toute l’année. Elle est également un lieu privilégié pour la reproduction, la croissance et l’alimentation de nombreuses espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et de poissons. L a région a malheureusement été affectée par l’activité humaine, comme l’agriculture extensive, l’élevage et la construction d’un gazoduc qui traverse une partie des marais.

Laguna Concepción

La laguna Concepción, au nord-est de la province de Chiquitos, dans le département de Santa Cruz, d’une superficie de 31 124 ha, est composée d’une lagune au fond de sable blanc, de marécages et  d’étendues broussailleuses. L’une de ses principales caractéristiques est d’être entourée de palmiers Copernicia alba. Devenue site Ramsar en 2002, la lagune représente l’une des zones humides les plus importantes pour les oiseaux migrateurs, qu’ils soient des régions boréales ou australes. Cependant, cet écosystème est gravement affecté par le pâturage, la pêche intensive, la chasse, l’extraction de bois précieux et la croissance de la frontière agricole.

Palmar de las Islas et Salinas de San José

Située au sud-est de la province de Santa Cruz et limitrophe du Paraguay,  cette zone d’environ 860 000 ha, véritable oasis au milieu des forêts sèches, dans laquelle abondent les palmiers Copernicia alba, est un refuge pour la faune. Pendant la saison sèche, il est fréquent d’y voir des groupes de pécaris et de tapirs.  Son réseau de petits lacs et de canaux alimentent en eau et en sel de nombreuses espèces animales et joue un rôle essentiel dans la reproduction de plusieurs espèces d’amphibiens et de reptiles. Elle a été désignée site Ramsar en 2001.  Une partie de cet écosystème se trouve dans le Parc national Kaa Iya. Il n’y a pas de danger de prédation humaine dans les zones salines puisque personne ne vit en ces lieux, mais Palmar de las Islas souffre d’une extraction excessive des palmiers.

Laguna Colorada et Lípez

Premier site bolivien inscrit à la Convention Ramsar en 1990 et finaliste pour être une des « sept nouvelles merveilles du monde » (événement indépendant de l’UNESCO), la laguna Colorada fait partie de la Réserve nationale Eduardo Abaroa, au sud-ouest de Potosí.  Sa couleur rouge est due à une micro-algue normalement verte, Dunaliella salina, qui, pour protéger ses chlorophylles des ultraviolets et de l’extrême salinité de l’eau, produit une quantité importante de pigments rouges (Astaxanthine). Elle est le régal de minuscules crustacés (Artemia salina), eux-mêmes gourmandise des flamants. Peu profonde, son niveau s’abaisse peu à peu en raison de la sécheresse qui sévit depuis quelques années. Malheureusement, le tourisme de masse nuit également à cette zone humide, tout comme la pollution des mines de borax. Depuis octobre 2009, le site est passé de 51 000 ha à 1 500 000 ha en incluant le Lípez.

La lagune est le site de nidification préféré du flamant de James (Phoenicopterus jamesi), mais elle abrite également les deux autres espèces, le flamant des Andes (Phoenicopterus andinus) et le flamant du Chili (Phoenicopterus chilensis). L’explication en serait, d’une part, l’abondance de nourriture et, d’autre part, le fait que ses rives boueuses, sur lesquelles ils construisent leurs nids, constituent une barrière naturelle contre leur principal prédateur, le renard des Andes (Pseudalopex culpaeus). Une quarantaine d’oiseaux y ont également élu domicile.

La Cuenca de Tajzara

Cette zone humide de 5 500 ha, située à 45 km de la ville de Tarija et à 3 700 m d’altitude, a été désignée site Ramsar en juin 2000. Elle comprend un assemblage de différents systèmes aquatiques: des lagunes permanentes et d’autres asséchées une partie de l’année, des ríos, des marais et des pâturages. Les deux lagunes permanentes abrite une quarantaine d’espèces d’oiseaux dont le flamant des Andes (Phoenicopterus andinus), le flamant de James (Phoenicopterus jamesi) et la foulque cornue (Fulica cornuta). Le site intègre une trentaine de sites archéologiques fournissant de nombreuses informations sur les civilisations de chasseurs-cueilleurs et pré-incaïques. Cet écosystème est menacé par la pollution des lagunes, ainsi que par le braconnage des animaux et la récolte des œufs d’oiseaux vivant dans la région.

Les lacs Poopó et Uru-Uru

Cette zone, située dans le département d’Oruro, s’étend sur une superficie de 967 607 ha et a été incluse à la liste Ramsar en 2002. Le rio Desaguadero, lui-même alimenté par le lac Titicaca, se déverse en deux bras, d’un côté dans le lac Poopó, de l’autre dans le lac Uru-Uru. Les lacs hébergent plusieurs espèces d’oiseaux d’eau migrateurs en voie de disparition. Sur leurs rives on peut observer le renard andin, la viscache, la vigogne ou encore le tatou, en grave danger de disparition. A proximité vit un des plus anciens groupes ethniques d’Amérique du Sud, les Uru Murato. Actuellement, l’exploitation minière et la pollution des eaux usées sont les deux grands problèmes pour la préservation de la région. Il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, le lac Poopó englobait toute une région comprenant le lac Titicaca et les salars d’Uyuni et de Coipasa. Il est aujourd’hui asséché la plupart du temps.

Río Blanco

Cette zone humide de 2 404 916 hectares, inscrite en 2013,  située dans le nord-est de la Bolivie est constituée majoritairement de forêts inondées. Río Blanco est à la fois un site archéologique et une réserve écologique et scientifique. L’une de ses principales caractéristiques est son incroyable biodiversité. Ce sont ainsi environ 87 espèces de mammifères, 433 espèces d’oiseaux (élanion perle, balbuzard pêcheur, bécasseau de Bonaparte, cormoran vigua …), 61 espèces de reptiles (crocodiles, lézards…) et 436 espèces de poissons qui cohabitent dans cet écrin naturel préservé. Le nouveau site RAMSAR abrite également des espèces vertébrées menacées parmi lesquelles le tatou géant, l’oppossum ainsi que la loutre géante. Les 436 espèces de poissons vivant dans le sous-bassin Iténez, représentent quant à elles 60% de l’ensemble des espèces du fleuve Amazone. Cet écosystème fragile est principalement menacé par l’exploitation illégale de son bois et le braconnage de sa faune piscicole.

Río Matos

Avec ses 1 729 788 hectares, le Río Matos, qui parcourt le département du Beni, est classé zone humide Ramsar depuis 2013 grâce sa vaste mosaïque d’écosystèmes composée de plaines alluviales, de cours d’eau, de lacs et de marais propres aux forêts inondées de Bolivie. 24 espèces de vertébrés menacés sont répertoriées dont la loutre géante et l’atèle à tête noire. Le site accueille près de 800 espèces animales parmi lesquelles 17 espèces d’oiseaux migrateurs comme l’élanion perle, la bartramie des champs (Bartramia longicauda) et le balbuzard pêcheur. Les eaux du fleuve Marmoré abritent près de 394 espèces dont 55% des espèces de poissons du bassin de l’Amazone.

Río Yata

Les rives du Río Yata ont été déclarées site Ramsar en 2013 pour protéger 2 813 229 hectares. Le fleuve est situé à l’extrême nord du pays, à la frontière de la Bolivie et du Brésil. Il possède un riche écosystème composé principalement de plaines alluviales, cours d’eau, lacs et marais. Cette zone fait d’ailleurs partie de deux réserves naturelles et de l’Area Natural de Manejo Integrado Pampas del Río Yacuma.Grâce à sa situation géographique unique, la zone bénéficie d’une faune et d’une flore très diversifiée. Le Río Yata compte plus de 50 000 oiseaux d’eau dont un grand nombre d’espèces migratrices. Dans le fleuve Marmoré, on peut trouver près de 400 espèces de poissons mais aussi la loutre géante et le célèbre dauphin rose de l’Amazone. L’exploitation intensive du caoutchouc menace l’équilibre naturel de la zone et pourrait avoir des impacts culturels et socio-environnementaux sur les populations autochtones qui habitent ces zones.