Les danses folkloriques de Bolivie

Les danses traditionnelles boliviennes se comptent par dizaines. Elles sont partie intégrante des fêtes, notamment religieuses.

Morenada

Cette danse renvoie à la colonisation espagnole et aux esclaves africains qui travaillaient dans les mines de Potosí. La Morenada, accompagnée d’une musique mélancolique, symbolise ces conditions particulièrement difficiles. Portant des costumes qui peuvent aller jusqu’à 30 kilos et un masque noir, les danseurs reproduisent les gestes de ces esclaves. La perruque blanche évoque quant à elle la découverte de la neige à leur arrivée en Bolivie.

Diablada

Cette danse est l’une des plus connues du pays. Elle est née au XVIIe siècle, dans la ville d’Oruro, et est depuis devenue l’un des symboles du festival, dont l’origine remonte à plus de deux mille ans. Ce dernier, interdit par les colons espagnols, fut transformé en un hommage à la Virgen Candelaria, devenue la sainte protectrice des mineurs. La danse est un aspect du syncrétisme religieux bolivien qu’elle manifeste dans des formes somptueuses, colorées et luxuriantes. Les danseurs jouent la confrontation entre le bien et le mal: l’archange saint Michel se bat contre des diables, aux costumes dorés et aux couleurs chatoyantes.

Saya (Caporales de la Tuntuna)

La Saya vient de la région de Los Yungas (La Paz). Ses origines sont africaines. Le tambour marque le rythme tel un battement de cœur, tandis que sonnent les cloches et claque le fouet du caporal, le contremaître au service des Espagnols chargé du travail des esclaves. Habillés sobrement, les femmes dansent et les hommes jouent du tambour.

Negritos (Tundiqui)

Cette danse, apparentée à celle de la Saya, est typique de la communauté noire qui vit dans la région de Los Yungas. Elle exprime les sentiments des esclaves noirs déracinés au XVIe siècle pour venir travailler comme esclaves dans les mines d’argent de Potosí.

Caporales

La danse des Caporales est elle aussi très proche de celle de la Saya. L’accent est mis ici sur ces fameux caporales (voir la Saya), accompagnés du même rythme binaire et lancinant, tandis que claque le fouet, symbole des sévices exercés sur les esclaves. Vêtus de costumes brillants, les hommes dansent de manière dynamique et parfois spectaculaire, tandis que les femmes se font plus douces et sensuelles.

Suri-sicuri

La danse de Suri-sicuri (en aymara suri – sorte d’autruche des Andes – et sicuri – flûtiste de pan) est typique des hauts plateaux andins et possède des origines précolombiennes. Les danseurs se parent de couronnes multicolores et de plumes de suri.

Incas

La danse des Incas symbolise comme son nom l’indique la confrontation entre les colons espagnols et l’Empire inca. Ici les danseurs rendent un vibrant hommage à la civilisation qui a dominé les Andes avant l’arrivée des Espagnols. Le premier empereur Manco Cápac ouvre la marche, suivi de ses gardes, des vierges du Soleil puis de trois personnalités espagnoles qui symbolisent la victoire castillanne : Pizarro, Almagro et Valverde.

Tinku

Le Tinku (rencontre en quechua), d’origine précolombienne, vient du département de Potosí. Il ne s’agit pas d’une danse, mais bel et bien d’une confrontation, pendant laquelle les protagonistes de communautés différentes se donnent coups de pied et de poing, ce qui lui a valu son interdiction officielle. Les combattants portent une montera et des vêtements orange et bleu. Le sang versé lors de ces combats est une offrande à la Pachamama.

Tobas

Cette danse est en lien avec l’ethnie du même nom, les Tobas, originaires d’Amazonie, qui furent colonisés par les Incas. Les danseurs, bondissants, sont vêtus de tuniques en peau et coiffés de plumes multicolores.

Cueca

Longtemps la danse des classes supérieures chiliennes, du temps de la colonisation notamment, elle est aujourd’hui très connue en Bolivie. Elle met en scène un couple agitant un mouchoir blanc, et mime un jeu de séduction entre les deux protagonistes. La Cueca connaît des variations régionales: la Cueca paceña (La Paz), cochabambina (Cochabamba), chapaca (Tarija) ou chuquisaqueña (Sucre).

Kullawada

Cette danse précolombienne, d’origine aymara, qui provient de La Paz, rappelle le rituel des fileurs et tisseurs de laine de lama et met en valeur ce secteur économique et ce savoir-faire qui furent particulièrement importants avant l’arrivée des Espagnols. Les danseurs sont menés par un waphuri masqué, personnage central qui rythme les changements de chorégraphie au cri de « Wahpur! ». Les costumes des danseurs sont particulièrement élégants, brodés de perles et de pièces, hommes et femmes portant le même kh’ara (« chapeau »).

Pujllay

Cette danse se tient aussi le 3e dimanche de mars à Tarabuco (département de Chuquisaca), dont elle est originaire. Son nom signifie « jeu » en quechua, mais la danse symbolise le courage des résistants indiens face aux Espagnols à la bataille de Jumbate, le 12 mars 1816, où, grâce à leurs tenues de camouflage imitant les buissons, ils vainquirent leurs ennemis. Des éperons attachés à leurs lourdes sandales, les hommes rythment le pas.

Waca-wacas

La danse métisse Waca-waca ou Waka-tokori (de l’espagnol vaca), relate les conséquences de l’implantation des troupeaux de bœufs espagnols dans les communautés aymaras. Le colon et le torero, avec leurs attitudes gauches et leurs costumes ridicules, sont tournés en dérision.

Zapateo

La Zapateo est une danse des zones rurales ou périurbaines caractéristique de la période du carnaval. L’homme essaie de faire la cour à la cholita et d’obtenir son amour en claquant des talons, d’où le nom du pas de danse zapateo (coup de pied par terre).

Chacarera

Dans le Chaco bolivien, les liens très forts entre les habitants et leurs troupeaux ont contribué à modeler le style musical et l’expression populaire. Les hommes et les femmes expriment en dansant leur beauté et leur force par un rythme contagieux et d’énergiques coups de talon, des déhanchements et des mouvements coquets.

Carnaval Paceño

Le carnaval paceño s’inspire de nombreuses danses post-hispaniques qui se moquent des mœurs et coutumes espagnoles. Dans la danse des Waca-Wacas, par exemple, le colon et le torero sont tournés en dérision. Les chutas font référence à l’indigène soumis à corvée au profit du propriétaire foncier.

Taquirari

Originaires des départements de l’Est – Santa Cruz, Beni et Pando –, c’est une danse aux rythmes joyeux et turbulents. Son nom provient, d’après le musicien chercheur R. B. Casanovas (1924-2005), spécialiste du taquirari, de takirikire qui signifie, en dialecte moxeña, à la fois « danse » et « chant en l’honneur de la flèche ». Les danseurs rendent ainsi hommage à cette arme qui leur permet de se défendre contre leurs ennemis mais surtout de se nourrir.

Antawaras

Les Antawaras naissent dans les années 1980 avec des jeunes qui souhaitent participer au carnaval d’Oruro. Il n’y a pas de chorégraphie particulière mais plutôt un enchaînement de sauts et de tours sur soi. Cette danse stylisée renvoie aux mouvements que réalise le berger quotidiennement.

Chutas

Le nom de cette danse provient du fleuve Choqueyapu, qui traverse la ville de La Paz et donne leur nom aux habitants, les Chukutas, plus tard devenus les Chutas. C’est une suite d’interminables vrilles entre l’homme et la femme. Le chuta qui porte un masque est le grand animateur de la fête. Il danse au rythme de la musique et est accompagné de deux femmes, celle qu’il a laissée à la campagne et celle qu’il a rencontrée à la ville.

Doctorcitos

La danse est une satire du comportement des avocats durant l’époque coloniale, la plupart du temps corrompus. Le personnage, qui multiplie les courbettes et a conservé son attitude maniérée et sa tenue de rigueur, est ridiculisé. Le rythme est très lent, tel un jugement au tribunal.

Llamerada (Qarwani)

Danse aymara d’origine pré-incaïque propre aux éleveurs de camélidés de l’Altiplano andin, qui donne une place centrale au lama – dont la première domestication pourrait avoir eu lieu il y a quatre ou cinq mille ans près du lac Titicaca. Les danseurs arborent d’ailleurs une coiffe à quatre pointes rappelant celle des habitants de ses rives. Ils imitent le rythme et la démarche gracieuse des lamas lorsqu’ils transportaient en longues caravanes le sel, la viande séchée et les pommes de terre déshydratées sur l’Altiplano, mais aussi les gestes du berger faisant tournoyer sa fronde.

Kallawaya

La danse de la kallawaya (mot quechua signifiant « celui qui porte les plantes sur son dos ») fait référence aux Kallawayas, ces médecins herbalistes ambulants, dont la cosmovision andine a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008. Ce sont des voyageurs infatigables, entourés de mystère, parlant une langue « secrète », le machaj juyai, craints et admirés en même temps, à qui l’on attribue des pouvoirs magiques. Leurs longues marches et l’habileté à traverser les montagnes sont symbolisées par les sauts agiles des danseurs.

Macheteros

Danse guerrière évoquant les luttes menées contre la colonisation. Les macheteros, en longue tunique blanche, portant à la main une machette en bois et aux pieds des bracelets de graines de paichachíes (Thevetia peruviana) avec lesquels ils donnent le rythme, arborent de somptueuses et spectaculaires coiffes composées de plumes d’aras à gorge bleue (espèce en voie d’extinction). La danse incluerait une représentation de la résurrection du Christ du point de vue des natifs.

Los Chunchus

Cette danse est originaire du département de La Paz. C’est un affrontement entre l’homme de l’Altiplano et celui de la forêt amazonienne, le Chunchu (« indigènes de la forêt »), le guerrier sauvage. Le masque représente un visage blessé au front et à la tempe et le costume est enrichi de plumes colorées. La danse se réalise en deux files où s’entrechoquent les lances.